« En France, chaque année, 82 000 hectares de terres agricoles disparaissent sous les coups de l’urbanisation galopante, soit l’équivalent d’un département entier tous les sept ans ou d’un terrain de football toutes les cinq minutes ; chaque mois, les cours du lait, de la viande ou du blé dégringolent, tandis que les coûts de leur production s’affolent ; chaque semaine, une exploitation met la clé sous la porte – trop de normes, trop de dettes, ou personne pour reprendre ; tous les deux jours, dans le silence, le mépris et l’oubli, un paysan se suicide… »

Jusqu’où faudra-t-il aller pour enfin réagir? Tous les peuples du monde qui ont brisé le lien avec la terre ont été balayés de l’Histoire. Comment un peuple en effet, se coupant de ses racines, pourrait-il encore espérer se hisser au plus haut? Paysan dans toutes ses fibres, mais oublieux de lui-même, le peuple de France court aujourd’hui le risque de laisser disparaître, en peu de temps, les ressources de sa propre survivance.

Laisser mourir l’agriculture française, ce n’est pas laisser s’éteindre un lointain souvenir, fait de terroir et de folklore ; ce n’est pas assister, impuissants, au progrès inéluctable et heureux d’une nouvelle révolution industrielle ; ce n’est pas juste constater que le monde est devenu un village dans lequel on achète global, mais où on meurt local… C’est consentir non seulement à une faute politique, économique, écologique, humanitaire, mais à une faute morale: laisser mourir l’agriculture française, ce n’est pas enterrer le passé, c’est enterrer l’avenir. Un paysan qui meurt, c’est un pays qui brûle. Qui d’autres, demain, pour nourrir, aménager, entretenir, embellir ; qui pour offrir, dans la plus grande abnégation, à la fois l’identité, la sécurité et la souveraineté alimentaires? Parce que le métier du paysan, ce qui en a fait un fondateur de civilisation, ce n’est pas le désespoir, c’est l’espérance… Se lever, de grand matin, pour traire un lait qui ne vaut rien, mais par seul respect de son troupeau ; supporter la chaleur du jour, pour moissonner le blé qui ne vaut rien, mais par seul respect du labour ; se coucher tard le soir, rompu de fatigue, pour tondre la laine qui ne vaut rien, mais par seul respect des saisons ; et recommencer le lendemain, parce que c’est la vie et la vocation paysanne de ne pas compter sur les autres, de travailler et d’espérer que demain sera mieux qu’hier…: il y a dans ces actes quotidiens, que n’importe qui d’autre aurait déjà cessé d’accomplir, un acte sacré qui touche à l’âme d’un peuple, à sa force, à sa survie. Le grand débat sur l’identité et la grandeur de la France ne peut ignorer le grand défi de la renaissance de notre tissu industriel et agricole. Et l’honnêteté nous commande et nous oblige à remettre en cause la globalisation idéologique et mondialisée qui est devenue un nouvel impérialisme. Nos paysans sont laminés par une mise en concurrence généralisée, doublée de contraintes sociales et normatives imposées partout et tout le temps. Oui, disons le clairement: à l’idéologie mondialisé, nous devons opposer le pragmatisme patriotique. C’est par-là que nous assurerons la renaissance de notre agriculture, puissante et moderne tout à la fois enracinée et exportatrice.

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